RAYON SUD

Vibrato & notes furtives

Articles de la rubrique ‘Hopper’

Chop Suey de Hopper

C’est une des œuvres majeures d’Edward Hopper. On y voit deux femmes à la mode des années 30 en train de déjeuner dans un restaurant chinois. Comme souvent, Hopper décrit un moment avant ou après l’événement principal de ce déjeuner. Typique aussi est la solitude ambiguë des personnages : la jeune femme de face semble perdue dans ses pensées. L’homme au fond ne regarde pas davantage sa compagne.

Chopsuey

Evidemment figuratif, le tableau joue avec l’abstraction. Les femmes sont entourées d’un ensemble de formes géométriques : la table entre elles, les rectangles des fenêtres et les zones bleues et jaunes visibles au travers de la fenêtre du fond provenant probablement des ouvertures des bâtiments adjacents.

L’artiste concentre l’action de son tableau sur les deux femmes qui, malgré un sentiment de silence pesant, sont en pleine conversation. Le personnage attablé derrière elles semble également perdu dans ses pensées, intensifiant l’isolement, voire d’exclusion de cette société moderne. Une distance s’installe naturellement, la seule source de chaleur venant de la fenêtre principale, où le nom de l’établissement est omniprésent. La représentation de la  société de consommation est omniprésente dans Chop Suey, notamment  à travers le besoin de modernisme constant des Etats-Unis. Les habitants se retrouvant barricadé dans un quotidien insipide et triste, signature même d’Edward Hopper. Les personnages semblent accepter leur misère, sans quelconque illusion ou espoir allant jusqu’à se vêtir à l’identique. Edward Hopper présente, dans cette œuvre composée de formes géométriques, une atmosphère oppressante et, pourtant, si vide, illustrant la perte de contrôle de l’ Amérique face à la modernité.

Ce tableau appartient à la collection privée Mr. and Mrs. Barney A. Ebsworth .

 

 

 

23 février 2017 by Sam

Un matin en Caroline Sud

Douze ans après le fameux Summertime peint en 1943 (voir ici) , Edward Hopper traite le même sujet : une jeune femme sur un pas de porte. Cette fois, le décor de South Carolina Morning (Un matin en Caroline du Sud) n’est plus urbain mais rural et des couleurs vives se sont substituées aux tons pastels. Une constante : le rapport entre extérieur et intérieur, qui est l’un des thèmes de prédilection de Hopper.
Comme l’explique son biographe Ivo Kranzfelder, “ il le traite à nouveau dans ce tableau sous deux aspects différents : le paysage ouvert contraste avec la maison dont les volets sont fermés, la femme sort d’un domaine pour enter dans un autre.” Contraste aussi entre la partie gauche et la partie droite du tableau, entre le brun sombre de la porte, le rouge intense de la robe et les teintes du paysage : le porche, le champ de blé et la ligne d’horizon du ciel bleu. La vigueur du trait s’affirme dans l’attitude déterminée de la femme, bras croisés, qui contraste, là encore, avec la douceur du paysage. Bien que décalée, n’occupant pas le centre, le regard se fixe instantanément sur elle. Une composition qui n’est pas sans rappeler l’âge d’or du technicolor, Hopper aurait pu être aussi un grand cinéaste.

South Carolina Morning, 1955 – Huile sur toile, 76,2×101,6 cm – New York (NY), Collection of Whitney Museum of American Art

Source : Hopper par Ivo Kranzfelder (éd. Taschen)

 

28 octobre 2015 by Sam