RAYON SUD

Vibrato & notes furtives

Les vérités de Romain Gary

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Saura-t-on un jour qui était vraiment Romain Gary ? Sans doute jamais, tant l’homme s’était ingénié à cultiver ses mystères, à forger sa légende, à brouiller les pistes. Personnage insaisissable, écrivain de race, Gary voulait seul écrire sa propre histoire en multipliant les pièges tendus à ses futurs biographes. Relevant le défi, Myriam Anissimov a tenté par deux fois de mieux cerner celui qui semblait se fuir lui-même. Après Gary le caméléon, elle publie chez Textuel Gary l’enchanteur, titre banal mais entreprise louable et plus convaincante sans doute que celle d’autres essayistes ou biographes qui s’y sont cassé les dents. Voici la quatrième de couverture :

Le «mystère» Gary. La «mystification» Gary. La prouesse d’une identité littéraire multiple couronnée par deux prix Goncourt. Du jamais vu. Un pied de nez magistral au monde des lettres.

Son oeuvre, profonde, humaine, bouleversante, touche nombre de lecteurs. Si la vie de Romain Gary est plutôt bien connue (sa carrière d’aviateur, de diplomate, sa relation avec Jean Seberg…), elle mérite pourtant d’être confrontée à sa vérité historique. Car l’auteur de La Promesse de l’aube s’est toujours rêvé d’autres identités. Ses métamorphoses sont de plusieurs ordres : changer de prénom, changer de nom, écrire sous pseudos. S’inventer plusieurs pères fictifs, nier son géniteur. Devenir lui-même son propre père, et, en vrai démiurge, décider de l’heure de sa mort. Cette permanente instabilité de l’identité sera la «marque de fabrique» de son oeuvre pleine d’humour, d’esprit et de transgression.

Revenir sur le passé de la famille Kacew, voir la Wilno de son enfance, les forêts qui la cernent, les partisans évadés du ghetto qui menaient une lutte désespérée contre les nazis ; le suivre en France, à Nice, dans une pension de famille, l’accompagner dans ses missions pendant la guerre, et dans ses voyages au cours de sa carrière de diplomate, comprendre enfin le terreau spirituel sur lequel a été bâtie toute son oeuvre. Embrasser avec lui la culture européenne mais aussi porter la culpabilité de celle-ci, et en payer le prix… Voilà à quoi convie ce livre richement illustré.

14 mars 2015