RAYON SUD

Vibrato & notes furtives

Faucons de nuit

Hopper_Nighthawks

D’Edward Hopper on connaît surtout le fameux Nighthawks (littéralement « Faucons de nuit », Noctambules) inspiré du décor d’un restaurant aujourd’hui disparu de Greenwich Village.
La nuit sur la ville n’est éclairée que par la lumière crue d’un néon, espace clos tel un bocal sur la solitude des personnages.
Bien qu’il se soit toujours refusé à apparaître comme le peintre de l’american way of life, Hopper n’en livre pas moins ici une image du quotidien urbain. Cinéphile, l’artiste s’est nourri des films de l’âge d’or hollywoodien des années 1930 et 1940. «Quand je n’arrivais pas à peindre, disait-il, j’allais au cinéma pendant une semaine ou plus.» Bien qu’il n’ait jamais revendiqué une influence particulière, Hopper n’en a pas moins utilisé les techniques de la mise en scène et du cadrage pour concevoir ses toiles : le jeu des ombres et des contrastes, la construction d’une image fortement géométrisée en sont les paramètres les plus évidents.
Mais ce qui caractérise aussi ce tableau, c’est la narration. Hopper affirmait s’être inspiré d’une nouvelle de Hemingway, «les Tueurs», dans laquelle deux tueurs à gages assassinent un ancien boxeur – un récit que Siodmak portera à l’écran en 1946, s’inspirant à son tour de plusieurs tableaux du peintre dans plusieurs décors de ce film.
Interrogé sur le sens que l’on pouvait donner à ses œuvres, Hopper, lors d’une interview donnée à une radio américaine en 1961, refusait d’y voir l’expression d’une «quelconque mentalité américaine», ajoutant encore que c’était au spectateur d’en tirer sa propre interprétation.
Nighthawks (Noctambules, 1942) huile sur toile, Art Institute of Chicago.
25 mars 2018