Tamara des années folles

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Suzy Solidor par Tamara de Lempicka

Superbe figure de proue du style art déco, Tamara de Lempicka (1898-1980) a marqué l’histoire de l’art par ses peintures osées, du moins pour l’époque qui les a jugées parfois scandaleuses. Elles sont en tout cas bien représentatives de la période dite des « années folles ». Issue d’une famille très aisée, l’artiste polonaise (née Maria Gorska en 1898) grandit à Saint-Pétersbourg. La Révolution d’octobre marque un tournant dans son existence : Tamara de Lempicka doit émigrer à Paris et perd son statut social. Son époux, jeune avocat russe, refuse de travailler pour faire vivre le couple. C’est alors que la jeune femme décide d’entamer une carrière de peintre et s’inscrit à l’Académie de la Grande Chaumière où elle suit les cours de Maurice Denis et d’André Lhote. Continue reading →

La femme au miroir

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Eric-Emmanuel Schmitt, on le savait déjà, est un romancier et dramaturge de talent mais aussi un homme de goût. Pour illustrer la couverture de son nouveau roman La femme au miroir, il a eu la bonne idée (lui ou peut-être son éditeur…) de choisir l’un des plus beaux tableaux de Tamara de Lempicka, La jeune fille en vert.
Egalement connu sous le titre Young girl with gloves (Jeune fille aux gants), c’est une huile sur toile peinte vers 1927, achetée à l’artiste en 1932 par le Fonds national d’art contemporain puis attribuée au Musée national d’art moderne, Centre Pompidou. Quel rapport avec le roman d’Eric-Emmanuel Schmitt ? Peut-être aucun, sinon le charme évanescent de cette image que l’on peut interpréter comme un hommage à “l’éternel féminin”. De fait, elle illustre remarquablement ce conte philosophique qui amène le lecteur au temps de la Renaissance, dans la Vienne impériale du début du XXe siècle et dans les rues d’Hollywood.

Flaubert intime

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« Les chevaux et les styles de race ont du sang plein les veines, et on le voit battre sous la peau et les mots, depuis l’oreille jusqu’aux sabots. » Cette superbe analogie, je l’ai découverte dans un livre qui a priori ne m’était pas destiné. Gustave Flaubert – Lettres à Louise Colet s’adresse plus particulièrement aux lycéens et étudiants, une tranche d’âge que j’ai franchie depuis longtemps. Mais comme Flaubert est l’un de mes écrivains favoris, je me suis plongé avec délectation dans la lecture de ce recueil dont voici la présentation en quatrième de couverture :

« Pourquoi m’écrivez-vous les plus spirituelles et les plus nobles lettres du monde ? Prenez-en à vous même. Désormais, il faut que vous m’écriviez. » Nul mieux que Victor Hugo ne pouvait exprimer la jubilation que procure la lecture des lettres de Gustave Flaubert
En effet, si Louise Colet ne fut pas toujours aussi bien aimée qu’elle l’eût voulu, elle reçut la plus belle et la plus passionnante des correspondances. Grâce à ces lettres savoureuses, les élèves entreront dans l’intimité d’un écrivain éclatant en colères pittoresques contre les sottises et les bassesses de l’humanité ; ils découvriront, derrière un personnage de “ bon géant ” rabelaisien, plein de verve et de pénétration, un artiste ayant la plus haute idée de son travail, un “ mystique ” de l’écriture, et pénétreront avec lui dans les coulisses de l’élaboration du plus célèbre roman du XIXe siècle : Madame Bovary. La lecture de ce recueil permettra donc d’aborder avec les élèves trois objets d’étude au programme du bac français : le travail de l’écriture, le biographique et, bien entendu, l’épistolaire.

En ouvrant ce livre, je m’attendais à découvrir un Flaubert passionnément, torrentiellement épris de cette délicate jeune femme de onze ans son aînée qui fut aussi la maîtresse de quelques célébrités de l’époque (les deux Alfred, de Vigny et de Musset notamment), qui était de gauche alors qu’il était plutôt conservateur et qui écrivait des poèmes peut-être mis en musique et accompagnés au piano, mais l’histoire ne le dit pas, par son ami Leconte de Lisle. En réalité, jamais l’ours Gustave ne se fait tout petit devant sa poupée Louise. Il se livre peu à des épanchement amoureux ou politiques. Les grands serments, les déclarations ne sont pas son genre. Dans leurs échanges épistolaires, il assure sur ce plan-là le service minimum. Un allusion ici et là, un petit mot tendre en fin de missive et c’est tout. Il est vrai que cet opuscule propose, comme indiqué en couverture, un choix de lettres ; si l’auteur de L’Education sentimentale en écrivit de plus torrides à celle qu’il appelle « bonne chère Muse », elles ne figurent pas ici.

En fait, c’est à l’artiste que s’adresse Flaubert, c’est-à-dire à quelqu’un capable de comprendre ses réflexions sur le dur métier d’écrivain, avec toute la dose de narcissisme inhérente à ce misanthrope fuyant les mondanités littéraires, retiré dans sa tour d’ivoire de Croisset. La composition de Madame Bovary est alors la grande affaire de sa vie. Grâce à ces lettres, on peut suivre par étapes la la progression du roman, bien plus que celle de sa liaison. Ce recueil constitue un Art poétique et un journal de bord dans lequel Flaubert exprime ses doutes et surtout ses opinions bien arrêtées sur l’écriture. Dans l’avant-dernière lettre, il passe au crible un poème, assez mièvre il faut bien le dire, de l’infortunée jeune femme. J’écris « l’infortunée » parce que la dernière — une lettre de rupture — datée du 6 mars 1855, dans sa concision, est d’une cruauté totale. Je dirais même d’une exquise muflerie, si je ne craignais l’oxymore. Jugez-en :

Madame,
j’ai appris que vous vous étiez donné la peine de venir, hier, dans la soirée, trois fois, chez moi.
Je n’y étais pas. Et dans la crainte des avanies qu’une telle persistance de votre part pourrait vous attirer de la mienne, le savoir-vivre m’engage à vous prévenir : que je n’y serai jamais.
J’ai l’honneur de vous saluer.

Six lignes seulement, mais Flaubert tel qu’en lui-même on ne peut que l’admirer.

Révélation sur Hemingway

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Lu sur le site du Magazine littéraire, cet article pour le moins surprenant :
« Publiée le 2 juillet dernier dans les colonnes du New York Times, une lettre de l’ami et biographe d’Ernest Hemingway Aaron Edward Hotchner, suggère que la surveillance oppressante du FBI aurait poussé l’écrivain au suicide.
Le 2 juillet 1961 au matin, l’auteur du Vieil homme et la mer, alors âgé de 61 ans, s’emparait de son fusil de chasse préféré et se tirait une balle dans la tête. On attribua alors cet acte aux troubles bipolaires de l’écrivain, à son mal d’inspiration, à des angoisses liées à des problèmes d’argent, de santé voire à une dispute conjugale. Aujourd’hui, pourtant, Aaron Edward Hotchner, auteur de Papa Hemingway et grand ami de l’écrivain au cours des quatorze dernières années de sa vie, remet en cause ces hypothèses. À l’occasion du cinquantenaire de sa mort, dans une lettre parue dans le New York Times, il rappelle qu’Hemingway se rendit à Cuba en 1959, pour écrire un article commandé par le magazine Life. Le soupçonnant de collaborer avec le régime cubain, le F.B.I le mit alors sous surveillance étroite, ce dont atteste un dossier de 127 pages, rendu public en 1983. Les documents prouveraient même que l’un des agents fédéraux, J. Edgar Hoover, avait pris un intérêt personnel dans cette enquête. Se remémorant les mois ayant précédé le drame, Aaron Edward Hotchner se souvient de la détresse d’Hemingway lors d’une visite à son domicile de Ketchum dans l’Idaho: «C’est le pire des enfers, lui aurait confié l’écrivain. Ils ont tout mis sur écoute. Voilà pourquoi nous utilisons la voiture du Duke : la mienne est sur écoute. Tout est sur écoute. Impossible de téléphoner. Mon courrier est intercepté.» Cette surveillance oppressante aurait perduré à l’hôpital Saint Mary, dans le Minnesota, où l’écrivain fut admis en novembre 1960 pour y recevoir des soins psychiatriques par électrochocs. Aujourd’hui, Hotchner regrette d’avoir sous-estimé la hantise qu’Hemingway avait du F.B.I. « J’ai essayé de confronter cette peur avec l’enquête réelle menée par les fédéraux. Je pense désormais qu’il sentait réellement la surveillance et que celle-ci a substantiellement contribué à son angoisse et son suicide. »

Comme on dit dans les rédactions, affaire à suivre…

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