La cuisine des Tontons

Publié le 05 jan 2026 — par Sam
Catégorie(s) Reflets

Pour notre plus grand plaisir, Les Tontons flingueurs ont une fois de plus crevé le petit écran ce dimanche 4 janvier 2026 sur France 2. Avec les années, leur pouvoir euphorisant ne s’est en rien émoussé. Il semble même s’intensifier à chaque rediffusion. Les critiques de l’époque qui l’avaient dédaigné ou ignoré ne se doutaient pas qu’il figurerait un jour au Panthéon du cinéma français (affirmation qui n’engage que moi mais que nous sommes sûrement des millions à partager). Ce n’est peut-être pas un grand film au sens où l’entendent intellectuels de choc, spécialistes du septième art et autres rats de cinémathèque mais c’est devenu un film culte dont le succès public ne se dément pas. Un film d’atmosphère, de tronches inoubliables. Un feu d’artifice de répliques. Un crépitement de séquences hilarantes. Un monument.

Comment ne pas mentionner à ce propos la fameuse scène de la cuisine ? De prime abord, on serait tenté de penser qu’elle contient une part d’improvisation tant le jeu des acteurs paraît naturel. Lautner aurait-il un peu laissé la bride sur le cou à ses forts en gueule pour ne garder que le meilleur de leur prestation au montage ? Interrogé à ce sujet, il a toujours assuré le contraire. À la virgule près, ces professionnels pur jus ont respecté le texte d’Audiard sans y ajouter une réplique de leur cru. C’est au millimètre qu’ils se sont conformés aux indications du réalisateur. La scène a été tournée en trois jours dans la petite cuisine d’un pavillon de banlieue où rien n’avait été laissé au hasard.
Pour mieux s’imprégner – ou mieux s’imbiber – de leur rôle, on pourrait aussi supposer que les acteurs avaient forcé sur la dive bouteille. Là encore, erreur. Pendant ces trois jours, ils sont restés sobres tout en continuant, hors caméra, à jouer les pochtrons. De la conscience professionnelle, on vous dit. En tout cas, le tournage n’a pas dû être triste. Dommage qu’il n’existe aucun making off dont les générations actuelles et futures de délecteraient. Le seul à avoir réellement picolé fut le regretté Jean Lefèvre mais pour la bonne cause. Afin de provoquer les vraies larmes qui perlent à ses paupières, par souci de réalisme donc, on lui avait servi un cocktail explosif. On comprend mieux dès lors pourquoi dans cette scène mémorable il touche au grandiose.

Les Tontons flingués

Publié le 05 jan 2026 — par Sam
Catégorie(s) Mémoire

C’est l’une des dernières images des Tontons flingueurs, l’une des plus mémorables et sans doute la plus émouvante si l’on songe que tous les acteurs présents ont quitté ce monde depuis plusieurs années déjà. Flingués par la camarde.

Lino Ventura est mort en 1987. Il avait 68 ans.
Francis Blanche est mort en 1974. Il avait 52 ans.
Robert Dalban est mort en 1987. Il avait 83 ans.
Bernard Blier est mort en 1989. Il avait 73 ans.
Jean Lefebvre est mort en 2004. Il avait 84 ans. Dernier survivant de cette belle brochette de comédiens comme on n’en fait plus, Jean Lefebvre disait dans une interview : « Plus je vieillis, plus je m’approche de Dieu. » Agenouillé dans cette église pour les besoins du tournage, il avait sûrement en tête d’autres sujets de méditation… On espère que tous les cinq, là-haut, continuent de se marrer (et qu’ils pardonneront ce titre impertinent).Ajoutons pour la petite histoire que cette dernière séquence a été tournée le 9 mai 1963 en l’église Saint-Germain-de-Charonne, sur la place Saint-Blaise dans le 20e arrondissement de Paris. A l’origine, le réalisateur Georges Lautner avait prévu une scène finale époustouflante, avec des centaines de roses. Mais en raison d’un problème de livraison, il reçut à peine de quoi remplir un vase à l’église ! Le film Un Drôle de paroissien, de Jean-Paul Mocky, a été tourné dans la même église.

Hommage à Thelonious Monk

Publié le 22 fév 2025 — par Sam
Catégorie(s) Playlist

Le pianiste Thelonious Monk est décédé le 17 février 1982 à l’âge de 64 ans. Le 33ème anniversaire de sa mort, tout comme le trentième qui aurait pu faire date, est totalement passé inaperçu. Et pourtant Monk, grand compositeur de jazz et l’un des fondateurs du be-bop, aurait mérité un hommage retentissant. Pour avoir hérité de sa discographie presque complète, s’il me fallait citer l’une de ses compositions plutôt qu’une autre, je serais bien embarrassé : la plupart sont devenus des standards incontournables. J’ai peut-être un faible pour l’album tout simplement intitulé Solo Monk ainsi que pour thelonious monk quintet. Et quel Quintet ! Enregistré le 13 novembre 1953, il réunit au côté de Monk quatre comparses de haut vol : Sonny Rollins (ts), Julius Watkins (cor), Percy Heath (b) et Willie Jones (dm). La petite histoire rapporte que ce vendredi-là, le personnel technique des studios WOR était sur les dents. Monk et Rollins tardaient à arriver. En les attendant, Julius Watkins “tirait de son cor de lugubres appels”. Enfin, ils se pointèrent, surexcités et dans un état d’agitation fébrile. Leur taxi avait enfoncé l’arrière d’une motocyclette. Pas de constat mais une série de constats et d’altercations. On se mit au travail mais Monk, énervé, se fâcha tout rouge contre Watkins qui ne comprenait pas les changements d’accord de l’un des morceaux. En dépit de ces incidents, trois thèmes furent enregistrés dont le fameux Let’s call this. Autre anecdote : les titres des morceaux de Thelonious Monk étaient souvent choisis après les enregistrements, donnant lieu a des séances de casse-tête collectifs. Ainsi Let’s call this provient de la perplexité de Monk, qui répètait machinalement : « Let’s call this…, let’s call this… » (Appelons-la…, appelons-la…). Faute de mieux, ces mots furent attribués à ce chef-d’œuvre sans nom…

Le maître de l’orgue

Publié le 08 jan 2025 — par Sam
Catégorie(s) Tempo

Le grand musicien américain Lonnie Smith s’est éteint le 28 septembre 2021 à Fort Lauderdale (Floride). Agé de 79 ans, il a succombé à une fibrose pulmonaire, selon Blue Note, le label qui lui a permis de se faire un nom à la fin des années 60 et sur lequel il était de retour ces dernières années Doté d’un look génial et d’un son qui ne l’est pas moins, Dr. Lonnie Smith restera comme un géant du soul-jazz funky et un grand maître de l’orgue. Quarante-cinq ans après son premier album pour Blue Note, il avait publié en 2016 son nouvel album « Evolution » sous le prestigieux label.

Toujours affublé de sa longue barbe grise et de son turban sur la tête (signes distinctifs des Sikhs), il a commencé en tant qu’accompagnateur du saxophoniste Lou Donaldson sur des albums comme « Alligator Bogaloo » puis comme leader et créateur de véritables classiques du soul-jazz tels que « Think ! » et « Turning Point ».
Surnommé le « Docteur » ou « Turbanator » par les musiciens pour sa capacité à interpréter, ou arranger, toutes les musiques, l’organiste invite sur « Evolution » le pianiste Robert Glasper. Le saxophoniste Joe Lovano est aussi de la partie; lui qui a commencé sa carrière en jouant aux côtés de l’organiste sur l’album « Afrodesia », sorti en 1975. Plus récemment était sorti « All in My Mind », un album live enregistré au Jazz Standard de New York lors d un concert donné en trio. Ce disque est le digne successeur d’ « Evolution », album salué par la critique et qui marquait donc le retour de Lonnie Smith chez Blue Note Records. Ce label lui avait permis d accéder à la reconnaissance du grand public et de s’imposer parmi les véritables classiques.